Le safari à pied est la façon la plus lente de découvrir le nord de la Tanzanie, et pour beaucoup de voyageurs, c’est la plus captivante. À pied, avec un guide, le paysage cesse d’être un décor vu à travers une vitre pour devenir un ensemble de petits indices : une touffe d’herbe aplatie, une file de fourmis qui traverse un sentier, un francolin qui lance son cri sec depuis un fourré. Ce guide explique en termes généraux en quoi consiste un safari à pied accompagné autour du parc national de Tarangire et des aires de conservation voisines, ce que vous pouvez raisonnablement espérer y apprendre et comment vous y préparer.
Tarangire se trouve au sud du lac Manyara, dans la région de Manyara, à deux ou trois heures de route d’Arusha, et c’est l’un des parcs les plus singuliers du circuit safari du Nord. Il est connu pour ses immenses baobabs, ses crêtes herbeuses et la rivière Tarangire, qui attire les animaux de toute la région à l’arrivée de la saison sèche. La marche n’est pas proposée partout dans le parc : mieux vaut donc comprendre où et pourquoi elle se pratique avant de planifier votre voyage.
Pourquoi marcher plutôt que rouler
Une sortie d’observation en 4x4 permet de couvrir du terrain et offre les meilleures chances de repérer rapidement de grands animaux. Un safari à pied, lui, est différent. Il ralentit tout, afin que vous remarquiez les détails qu’un véhicule dépasse à vive allure : la texture d’une termitière, l’odeur de la sauge sauvage écrasée sous les pas, le bruit des insectes et la façon dont la lumière change à mesure que le soleil monte. La plupart des personnes qui marchent disent repartir avec une meilleure compréhension de la brousse, même si elles ont vu moins d’animaux au total.
L’allure est tranquille, généralement quelques kilomètres sur deux à trois heures, avec de fréquentes pauses. Le guide s’arrêtera souvent pour vous expliquer ce que vous regardez. La marche convient aux voyageurs curieux d’écologie, de pistage, d’oiseaux, d’insectes et d’arbres, ainsi qu’à ceux qui ont déjà fait quelques sorties en 4x4 et veulent une autre dimension. Elle complète un safari classique plutôt qu’elle ne le remplace.
Où marcher autour de Tarangire
La marche à l’intérieur même du parc national de Tarangire est strictement encadrée. Les parcs nationaux de Tanzanie sont gérés par Tanzania National Parks et, dans nombre d’entre eux, y compris une grande partie de Tarangire, les visiteurs doivent rester dans leur véhicule en dehors des aires de pique-nique désignées et de courtes marches supervisées. C’est une mesure de sécurité, mais aussi un moyen de limiter le dérangement de la faune. Si le safari à pied compte pour vous, la solution pratique consiste généralement à se tourner vers les aires de conservation, les aires de gestion de la faune et les concessions privées qui entourent le parc.
Ces zones voisines font partie de l’écosystème élargi de Tarangire, bien plus vaste que le parc national. La faune s’y déplace tout au long de l’année, et des terres gérées par les communautés, dans des zones comme les aires de gestion de la faune de Burunge et de Randilen, bordent le parc. Les règles de marche varient selon les zones : la bonne question à poser au moment de planifier est donc simplement de savoir quelles zones autorisent les marches guidées, avec quels guides et à quelles conditions. Votre organisateur doit pouvoir vous répondre clairement avant la réservation.
Il faut aussi savoir que la marche n’est pas pratiquée du tout dans certains endroits. Une brousse dense à faible visibilité, des zones où les buffles ou les éléphants sont très nombreux et des lieux proches d’une rivière peuplée d’hippopotames et de crocodiles peuvent être jugés trop risqués. Un guide responsable refusera un itinéraire qui ne lui semble pas sûr, et vous devez y voir une marque de bon jugement plutôt qu’une déception.
Un départ matinal et un rythme lent
Les marches commencent en général peu après le lever du soleil, parfois un peu plus tôt, car les premières heures du jour sont fraîches et les animaux plus actifs. En fin de matinée, la chaleur monte, la lumière s’aplatit et de nombreux animaux se mettent à l’ombre. Une sortie type commence par un thé ou un café au camp ou au lodge, un court trajet jusqu’au point de départ, puis un briefing avant le premier pas.
Vous marcherez en file indienne derrière le guide de tête, avec dans bien des cas un second ranger armé à l’arrière. L’allure est calée sur le membre le plus lent du groupe. On vous demande de rester silencieux, d’éviter les mouvements brusques et de rester groupés. Les conversations se font à voix basse, car un groupe qui parle fort ne verra presque rien. Beaucoup constatent qu’après les vingt premières minutes l’esprit s’apaise et qu’ils commencent à vraiment entendre la brousse.
Vent, odeurs et approche
La première chose que vérifie un bon guide, c’est le vent. Presque tous les animaux de la brousse ont un odorat bien meilleur que le nôtre, et un groupe qui approche face au vent est signalé bien avant d’être vu. Pour cette raison, le guide adapte souvent le trajet afin de rester sous le vent de l’animal que vous voulez observer, en faisant parfois un détour plus long.
Vous remarquerez aussi que les guides observent de loin le comportement des animaux et le lisent comme un signal. Une girafe qui lève la tête et fixe une direction, un troupeau de zèbres qui se resserre et fait demi-tour, ou un impala qui renâcle et frappe du sabot indiquent tous au guide que quelque chose a été repéré. Le but n’est jamais de s’approcher davantage pour une photo. Il s’agit de s’arrêter à une distance respectueuse, d’observer calmement et de repartir sans avoir modifié le comportement de l’animal.
Lire les empreintes et les traces
Le pistage est au cœur d’un safari à pied. Une empreinte vous indique l’espèce, à peu près la taille et le sexe de l’animal, la direction dans laquelle il allait et depuis combien de temps il est passé. Le sable fin d’un lit de rivière asséché conserve admirablement les empreintes, ce qui explique en partie pourquoi les rivières à sec de la région de Tarangire sont d’excellents endroits pour apprendre.
Les empreintes d’éléphant sont larges et arrondies, et le motif craquelé de la semelle est visible sous une bonne lumière. La girafe laisse une longue et grande empreinte à deux sabots qui évoque un sabot fendu. Le zèbre laisse une empreinte de sabot unique et pleine, puisque c’est un équidé, tandis que le buffle laisse une large empreinte fendue aux bouts arrondis. Les empreintes de lion et de léopard montrent quatre doigts et un coussinet sans marques de griffes, car les félins marchent griffes rétractées. Celles de la hyène et du chacal montrent des marques de griffes visibles, ce qui est une façon simple de distinguer les traces de canidés de celles de félins.
L’âge d’une empreinte se juge à ses bords. Une empreinte nette, aux contours francs et presque sans débris, est fraîche. Une empreinte adoucie par le vent, avec des feuilles tombées ou une traînée d’insectes qui la traverse, est plus ancienne. Après la pluie, tout change, car l’eau efface vite les détails. Votre guide s’accroupira souvent, passera la main au-dessus d’une empreinte et vous en dira bien plus que vous ne l’imagineriez possible à partir d’un peu de poussière.
Crottes, éraflures et autres indices
Les crottes sont un autre texte limpide pour qui apprend à les lire. Les crottes d’éléphant sont grosses et fibreuses, et un guide peut les ouvrir pour vous montrer depuis quand elles ont été déposées et ce que l’animal a mangé. Les girafes laissent de petites crottes éparpillées sur une large zone, et les zèbres des crottes plus rondes, pleines de fibres d’herbe. Les crottes de hyène sont pâles et crayeuses à cause des os qu’elles mangent, et une latrine de hyène près d’un sentier est un bon indice de territoire.
Il y a aussi d’autres indices. Une écorce frottée sur un tronc montre où des éléphants ou des buffles se sont grattés, et la boue sur le tronc marque la hauteur atteinte après une baignade dans une souille. Des branches arrachées en haut des acacias désignent les girafes, tandis qu’une écorce arrachée peut indiquer des éléphants. Bains de poussière, terriers, termitières ouvertes par un oryctérope ou un ratel, spirale pâle d’une coquille d’escargot sur le sol : tout cela raconte de petites histoires. On apprend à voir que la brousse est active même quand aucun grand animal n’est visible.
Oiseaux et cris d’alarme
Les oiseaux sont le système d’alerte de la brousse, et un bon guide les écoute en permanence. Un changement soudain dans le cri d’un francolin, d’un calao ou d’un rollier à longs brins peut signaler la présence d’un prédateur. Les singes vervets et les babouins émettent des cris d’alarme distincts pour le léopard, le serpent et l’aigle, et une oreille exercée sait les reconnaître.
Tarangire possède une excellente liste d’oiseaux, souvent estimée à plus de cinq cents espèces dans l’ensemble de l’écosystème. Parmi les oiseaux que vous pourrez croiser figurent l’autruche, les inséparables à collier jaune, les étourneaux cendrés, les calaos, les guêpiers, les messagers sagittaires, les outardes kori et de nombreux rapaces. La rivière Tarangire et les marais attirent les oiseaux d’eau pendant les pluies. À pied, avec des jumelles et un guide patient, l’observation des oiseaux est l’un des moments les plus gratifiants de la journée.
Baobabs, rivières et paysage
Le baobab est l’arbre emblématique du parc. Ces énormes troncs peuvent stocker de grandes quantités d’eau et vivre des siècles, et ils sont essentiels à de nombreuses espèces. Les éléphants arrachent l’écorce pour son humidité, les oiseaux nichent dans les cavités et les chauves-souris se perchent dans les plus grands arbres. Debout au pied de l’un d’eux, à pied, vous mesurez son échelle comme la vitre d’un véhicule ne le permet jamais tout à fait.
La rivière Tarangire est le cœur de l’écosystème. En saison sèche, elle se réduit à une série de mares et à un mince filet d’eau, et ses berges sablonneuses et son eau permanente attirent des animaux venus de loin. Des chenaux secondaires et des rivières à sec saisonnières sillonnent le paysage. Les longer à pied est une façon classique de chercher des traces, car le sable les conserve nettement et le terrain dégagé permet de mieux voir ce qui approche.
Ce que vous pouvez voir à pied
À pied, vous verrez souvent des impalas, des girafes, des zèbres, des phacochères, des dik-diks, des babouins et une grande variété d’oiseaux, et vous pourrez apercevoir des éléphants, des gnous, des élands, des cobs à croissant et des buffles à bonne distance. Les éléphants sont une caractéristique de l’écosystème de Tarangire, et pendant la saison sèche, de grandes hardes familiales se rassemblent près de la rivière. Le lion et le léopard vivent dans la région, mais ils sont discrets et bien camouflés, et les observations à pied sont moins fréquentes qu’en véhicule. Il ne faut jamais compter dessus.
Ce que vous remarquerez le plus volontiers, ce sont les petites choses. Des bousiers qui font rouler leur butin, la piste d’un visiteur nocturne en travers du sentier, un caméléon dans un buisson ou une colonne de fourmis magnans qui traverse une piste. Beaucoup de voyageurs disent que ce sont ces moments, plutôt que les grands animaux, dont ils se souviennent le plus. Si vous venez pour apprendre plutôt que pour cocher une liste, la marche sera une sortie très satisfaisante.
Briefings de sécurité et rôle du guide
Chaque marche commence par un briefing de sécurité. On vous demandera de rester en file, de rester derrière le guide, d’avancer lentement, de ne jamais courir et de suivre immédiatement les instructions si le guide donne un signal. Si un animal est trop proche, le guide peut demander au groupe de s’arrêter, de s’accroupir ou de reculer calmement. Il est déconseillé de courir, car cela peut déclencher chez les prédateurs, et chez certains autres animaux, un réflexe de poursuite.
Les marches sont généralement menées par un guide qualifié, souvent accompagné d’un ranger armé. Le ranger n’est là qu’en dernier recours : une marche bien menée repose avant tout sur l’art d’éviter les problèmes, en lisant les indices, en surveillant le vent et en gardant une distance de sécurité. Les guides en Tanzanie sont titulaires d’une licence, et les autorités des parcs fixent les conditions applicables aux activités autorisées dans chaque zone. Il est légitime de demander à votre organisateur quelles sont les dispositions prévues avant de réserver.
Les enfants ne sont généralement pas admis lors des safaris à pied, et l’âge minimum varie selon les zones. Les voyageurs ayant des difficultés de mobilité, des problèmes cardiaques ou respiratoires, ou les femmes enceintes, doivent en parler avec leur médecin et avec l’organisateur avant de décider.
Que porter et emporter
Portez des couleurs neutres comme le kaki, l’olive, le beige et le vert doux. Le blanc éclatant, le noir et le bleu sont à éviter : le bleu foncé et le noir peuvent attirer les mouches tsé-tsé, et les couleurs vives se remarquent dans la brousse. Un pantalon long et une chemise à manches longues protègent du soleil, des épines et des insectes. Des chaussures de marche confortables, déjà faites, avec maintien de la cheville, et des chaussettes épaisses sont l’élément le plus important de votre équipement. Des chaussures neuves pour une longue marche sont une mauvaise idée.
Emportez un chapeau, des lunettes de soleil, de la crème solaire, des jumelles, un petit sac à dos, un répulsif contre les insectes et une gourde réutilisable. Une veste légère est utile, car les matins peuvent être frais, surtout pendant la saison sèche. Un tour de cou ou un foulard protège de la poussière. Un appareil photo avec un zoom modeste suffit pour la plupart des sorties, et un petit carnet est pratique pour noter les détails dont vous voudrez vous souvenir ensuite.
Condition physique, santé et sécurité
Nul besoin d’être sportif. Une marche est généralement facile à modérée sur un terrain plat ou légèrement vallonné, mais vous devez être à l’aise pour rester debout deux à trois heures par temps chaud. La chaleur et le soleil fatiguent plus que la distance. Buvez régulièrement et protégez-vous du soleil même quand la matinée semble fraîche.
Le paludisme est présent dans le nord de la Tanzanie : consultez donc un centre de médecine des voyages bien avant le départ pour vous renseigner sur la prophylaxie, les vaccins et la protection contre les insectes. Les mouches tsé-tsé sont présentes dans certaines zones de brousse et leurs piqûres peuvent être douloureuses. Souscrivez une assurance voyage, avec une couverture d’évacuation médicale. Signalez à votre guide à l’avance toute allergie ou tout traitement en cours. Rester attentif, boire suffisamment d’eau et marcher au rythme du guide restent les meilleures précautions.
Meilleure période pour partir
La saison sèche, généralement de fin juin à octobre, est largement considérée comme la meilleure période pour observer la faune à Tarangire. À mesure que l’herbe se dessèche et que l’eau disparaît ailleurs, les animaux se concentrent le long de la rivière, et de grands nombres d’éléphants, de gnous, de zèbres, de buffles et de girafes peuvent s’y rassembler. Le sol est ferme, la marche est agréable et la visibilité est bonne.
La saison verte, de novembre à mai, apporte la pluie et une atmosphère très différente. La faune se disperse sur une zone plus vaste, le parc verdit, les oiseaux migrateurs arrivent et le paysage est superbe, mais la marche peut être plus boueuse et la faune plus difficile à trouver. Les grandes pluies d’avril et de mai sont généralement la période la plus calme. Janvier et février forment souvent une parenthèse plus sèche et peuvent être très intéressants pour les oiseaux. Si la marche est votre priorité, les mois secs sont le choix le plus sûr, même si un bon guide sait rendre intéressante n’importe quelle saison.
En quoi la marche diffère d’une sortie en 4x4
En safari 4x4, vous êtes dans un véhicule qui fait office d’affût : les animaux le tolèrent généralement et vous pouvez vous approcher davantage. À pied, vous êtes une silhouette humaine, les animaux réagissent avec plus de prudence et vous observez donc plutôt de plus loin. Les sorties en véhicule couvrent de longues distances dans la journée, les marches seulement quelques kilomètres, mais avec bien plus d’attention aux détails.
La plupart des voyageurs combinent les deux. Une marche le matin suivie d’une sortie d’observation l’après-midi offre un bon équilibre, et une marche peut apporter une vraie profondeur à quelques jours de 4x4. Les marches ne sont pas un moyen de voir davantage les Big Five ; mieux vaut les aborder comme un tout autre type de safari.
Éthique et réglementation des parcs
Une marche responsable obéit à quelques règles simples. Parlez à voix basse, restez avec le groupe, ne quittez pas le sentier et n’approchez pas les animaux, ne nourrissez jamais la faune et remportez tout ce que vous avez apporté. Ne ramassez ni os, ni plantes, ni pierres en souvenir. Les drones sont en général interdits ou restreints dans les parcs tanzaniens et ne doivent pas être utilisés sans autorisation.
Les droits d’entrée des parcs et la réglementation sont fixés par les autorités gestionnaires et évoluent de temps à autre ; mieux vaut donc vérifier les conditions en vigueur auprès de votre organisateur plutôt que de se fier à un chiffre imprimé. Choisir des organisateurs qui emploient et soutiennent les communautés locales, et qui respectent la taille des groupes et les limites imposées pour la faune, contribue à la durabilité des safaris à pied.
Préparer votre voyage
Tarangire s’intègre facilement à un circuit du Nord avec le lac Manyara, le cratère du Ngorongoro et le Serengeti, et deux nuits constituent un minimum raisonnable pour le découvrir correctement, avec une marche au programme du séjour. Si vous souhaitez envisager un safari à pied autour de Tarangire, seul ou dans le cadre d’un voyage plus long, n’hésitez pas à contacter The Expedition Tours. Nous pouvons échanger sur la saison, sur les zones où la marche est autorisée et sur le style de voyage qui vous convient, puis le préparer avec vous.
À propos de The Expedition Tours
The Expedition Tours conçoit, depuis Arusha en Tanzanie, des safaris, des ascensions du Kilimandjaro et des extensions à Zanzibar autour de chaque voyageur.
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